
Herbert, un de mes coéquipiers a eu beaucoup de problèmes de navigation avec son nouveau GPS, mais mis à part ça, tout est bien allé pour notre team suisse. Le rallye prend une tournure inattendue pour Stephan, venu pour assister un de nos pilotes, Kay, puisqu’à partir de demain, il s’est proposé pour remplacer un gars tombé malade et va prendre part au rallye comme copilote dans la catégorie voiture amateur. Il n’a encore jamais vu un road book de sa vie, ça va être un joli challenge pour lui ! Pour ma part, je suis aussi refroidi depuis 2 jours et je carbure aux médocs pour essayer d’enrayer le mal aussi vite que possible. Pour couronner le tout, mon compagnon de chambre ronfle à mort et bien évidemment s’endort en 30 secondes… Il semblerait que ce soit ma destinée de toujours partager ma chambre avec des ronfleurs sur les rallyes! Je ne sais pas comment font les femmes qui doivent vivre avec ça au quotidien…
Jour 2 : Zagora – Merzouga (250km) La journée commence avec une grosse frayeur. Ayant décidé de me passer du réservoir arrière, je vais faire le plein et me retrouve avec une grosse fuite d’essence au-dessus du moteur… 15 minutes avant mon départ. Le tube de mise à l’air reliant les 2 réservoirs avait fondu sur la ligne d’échappement. La cause de mes pannes d'hier ! Un petit bricolage pour régler le souci, et je me lance dans la première spéciale. Aujourd’hui, on a principalement des pistes rapides et du sable, je suis beaucoup plus à l’aise et je passe une excellente journée. Aucun souci mécanique ni erreur de navigation. Parti avec les 3 derniers, je rattrape peu à peu des autres concurrents et je me classe 28ème à 10 min de mes coéquipiers. La 1ère journée de Stephan comme remplaçant copilote s’est très bien passée: ils ont gagné l’étape! Il va continuer jusqu’à la fin du rallye. Du coup, alors que Daniel s’occupe de déplacer notre campement, Michael est seul avec sa voiture de location pour assurer nos ravitaillements d’essence. Jour 3: Erg Chebi « King Stage » (250km) Une étape qui s’annonce dantesque, que du sable et surtout des dunes immenses. Elle sera longue et difficile, surtout pour les motos pros. A nouveau, un départ "Le Mans", tout le monde sur une ligne. Il faut bien choisir sa trace et éviter de rouler dans celles des autres, le sable est plus mou qu’en surface. La journée commence bien, je roule avec mon coéquipier Reto, qui a des problèmes de roadbook. Du coup, on fait équipe. Les dunes sont impressionnantes! Le sable est plus dur et les dunes plus hautes qu’en Tunisie, et dès qu’on a une bonne trajectoire, on peut enchaîner plusieurs dunes avant de s’arrêter soit pour reprendre son souffle, soit parce qu’on s’est planté… C’est très physique! Au premier CP, je tombe sur Reto, qui avait pris de l’avance sur moi. Je repars avant lui, et quelques centaines de mètres plus tard, je roule sur de l’herbe à chameau. C’est un petit monticule dur comme de la pierre dans le sable. Ma moto est stoppée net et je vole par-dessus le guidon. J’atterris sur la tête et elle tape fort contre mon épaule. Wow, je ne crois pas que j’ai souvenir d’avoir pris une volée aussi violente ! Je suis incapable de bouger pendant quelques secondes et, tout à coup, je vois Reto qui arrive et me demande si ça va. J’essaie de me lever et lui dis que je crois que c’est ok, jusqu’au moment où je veux bouger mon bras! Arrrgghh, non ne ça va pas du tout! Reto fait demi-tour pour aller chercher les secours au CP et en attendant le médecin, je sais déjà que c’est terminé pour moi la course… La frustration est énorme… Tous ces mois de préparation, les week-ends passés à travailler sur la moto, tous les projets à moto que j’avais après le rallye, tout ça défile dans ma tête. Je suis tellement en colère de n’avoir pas su éviter cet accident alors que j’ai roulé sans prendre de risques depuis le début du rallye! Je suis pris en charge par la jeep médicale. Après m’avoir enlevé le casque et la veste, on constate que mon épaule est descendue de 2cm… Ligaments déchirés et probablement clavicule cassée… Le médecin me dit avec un gros sourire : « T’es le 3ème depuis hier »; ça me fait une belle jambe, même si pour être honnête ça m’a fait me sentir un peu moins nul sur le moment. C’est la première fois que je porte un Leatt Brace et je m’interroge sur son utilité. Le médecin me dit qu’on ne peut rien prouver, mais qu’il m’a probablement épargné une blessure aux cervicales. J’aime mieux penser ça ! Ils me transportent en jeep jusqu’au CP de ravitaillement et Reto nous suit avec un pilote italien qui a décidé d’abandonner. Le médecin me dit que l’hôpital de Merzouga n’a plus d’appareil de radiographie, que le prochain hôpital est à plus de 4h de piste et que ça ne vaut pas la peine d’aller si loin, ça peut attendre que je sois de retour. On me donne des médocs et on me dit encore gentiment que je recevrai une facture à la maison pour ma prise en charge… Sympa, je pensais que c’était compris dans l’inscription du rallye ! Je passe le reste de la journée avec notre assistance au CP de ravitaillement. Nos pilotes arrivent très tard, ils sont épuisés, tout le monde a écopé de pénalités de temps, la journée a été très dure. Seuls 17 pilotes sur plus de 100 en moto pros parviennent à boucler tout le tracé dans les temps, et 13 amateurs sur 35.La malchance des uns fait le bonheur des autres, non ? Puisque le rallye est terminé pour moi, je prête ma moto à Jori, un pote finlandais qui n’a pu rouler que le premier jour, son Aprilia 450 Factory ayant des problèmes électriques impossibles à résoudre sur place… Probablement le boîtier électronique qui est défectueux. Pour 3 nuits, nous sommes dans un tout petit hôtel tenu par une française. Entre les pannes d’électricité ou la douche qui déborde, c’est pas le grand luxe, mais le repas du soir est tellement bon qu’on pardonne tout le reste. Les nuits sont glaciales à Merzouga et je suis obligé de dormir avec mes sous-vêtements thermiques.
Jour 4 : The dune race (80km) La course des dunes, 2 tours pour les amateurs et 4 pour les pros. Reto n’ayant pas envie de rouler, on s’en va avec notre service team, Daniel et Michael voir la course. C’est épique. Le CP final se trouve sur la plus haute dune et la majorité des concurrents n’arrivent pas jusqu’au sommet, ils doivent donc gravir les quelques centaines de mètres restantes à pieds pour donner leur carte de temps. Les 2-3 top pilotes dans les pros terminent les 4 tours alors que la plupart n’en sont encore qu’à leur premier ou second tour. Le tout avec une telle facilité que c’en est presque insolent !C’est une journée courte, en début d’après-midi, nos pilotes arrivent exténués, aucun n’ayant été assez rapide pour avoir le droit de commencer le 3ème tour. On a vu les top pilotes dans la catégorie pro terminer les 4 tours une bonne heure avant que les nôtres reviennent de leur second tour. La différence de niveau entre le top 5 (tous des Hollandais) et le reste des pilotes est énorme.
Jour 5 : Merzouga – Zagora (250km) Aujourd’hui, nous retournons à Zagora. Michael doit partir à 4h30 du matin avec l’essence pour arriver avant nos pilotes au CP de ravitaillement. Je fais la route avec Daniel dans le bus. Il nous faudra près de 5 heures pour rejoindre Zagora. Tous nos pilotes arrivent peu après. C’est une très courte journée. Des pistes rapides, des cailloux, moins de sable. Malgré le fait que je ne roule plus, je n’ai pas vraiment le temps de m’ennuyer, il y a toujours plein de choses qui se passent sur un rallye et je connais pas mal de personnes que j’ai rencontrées lors des 2 précédentes éditions. J’en profite pour discuter un peu avec mes amis finlandais et les seuls Français sur le Rallye, le team Nomade Racing avec leur pilote, Philippe qui s’en sort très bien dans la catégorie moto pro. Vous aurez remarqué que je ne parle quasiment jamais du classement et encore moins des gagnants, c’est un peu volontaire. Dans un rallye le but premier, c’est d’arriver au bout. Et c’est déjà pas facile! Je pense que tout un chacun peut bien plus facilement se projeter à la place d’un amateur qui galère plutôt qu’à celle d'un gars qui est capable de rouler 7 jours sans faire la moindre erreur de navigation, tout roulant à une vitesse que le commun des mortels n’oserait même pas rêver. Toutefois, je dois quand même vous dire que Stephan, notre serviceman devenu copilote voiture, se retrouve en tête du classement voiture amateur ! Ils ont des chances de prétendre au titre !

Christian et Michael remettent la moto en état et trouvent un artisan local qui lui fabrique les plaques de la tour de navigation en acier. La moto est prête pour le dernier jour. Jori s’en sort bien avec ma moto, il me répète sans cesse que les suspensions sont tellement molles qu’il n’ose pas trop attaquer tellement elle est dangereuse, que ma moto manque de chevaux, mais au final il est content de rouler.
Jour 7 : Zagora – Ouarzazate (240km)
